Le
Baye Fall, selon l'image que s'est forgée la pensée populaire de ceux
qui vivent de loin les réalités de sa vie, est trés souvent perçu à
travers des déformations multiples... Le véritable Baye Fall s'oppose
au vagabondage et mène une vie austère qui le détache de tous les
interdits. le Baye fall applique à la lettre le principe du "Jebbelou";
c'est à dire de soumission, qui le lie à son marabout. En trouvant le
fondateur du mouridisme (Cheikh Ahmadou Bamba) à la suite de moult
tribulations, Cheikh Ibra a parfaitement symbolisé ce credo.
Le
comportement de ce disciple hors pair sera marqué au fil des années par
l' abnégation totale face aux biens de ce monde et le respect
scrupuleux des recommandations du marabout. Le travail, parce qu'il
permet le dépassement de soi dans l'effort, est le premier credo du Baye
Fall. Aujourd' hui comme hier, les vrais Baye Fall continuent à
défricher chaque année des centaines d' hectares, en abbattant en une
journée des superficies importantes. Cette ardeur au travail est
ensuite investie dans le champ du marabout ou le lopin de terre
communautaire. La production agricole du Sénègal a du reste connu des
performances légendaires grâce à ces soldats de la foi au zèle inégalé.
Sur le plan culturel, l'originalité des Baye Fall dépasse les
frontières du Sénégal et fait même école ailleurs. Sa chevelure hirsute
aurait inspiré les rastas... Le petit gourdin qui l' accompagne est
utilisé depuis l' époque où le port d'armes blanches était proscrit.
Quant à la ceinture, elle permet de caler l' estomac pour mieux
résister à une longue journée de labeur ou une interminable nuit de
litanies à la louange de Dieu. Parmi les autres objets qui donnent à
ce sympathique chevalier de la foi son aspect authentique, le bonnet et
le talisman sont bien les plus remarqués. L' un est souvent noir avec
une pouffe à son pendant; et l' autre par le travail artistique et
raffiné des cordonniers, se ballote au bas ventre symbolisant toute la
fierté du disciple. En outre, ces hommes sont tous farouchement
retranchés dans le cadre culturel découpé par le mouridisme. La langue
"wolof" qu' il parle, ne souffre en général d'aucune intrusion de
langues étrangères.
D' ailleurs le Baye Fall cultive une nette
démarcation vis à vis des cultures occidentale et arabe. Durant les les
moments de grande ferveur religieuse, il arrive qu' un disciple à la
sensibilité élevée tombe en transes...Et lorsque c'est le choc
véritable des ondes spirituelles, quelle que soit l' intensité de ses
efforts, le Baye Fall cognant durement contre un arbre ou un mur, en
sort sans la moindre éraflure. Ce phénomène échappe aux explications
rationnelles... Foncièrement communautaire, la confrérie des Baye Fall
entretient jalousement une réputation de solidarité, qui fait de
chaque membre le maillon d'une chaîne ininterrompue.
La contribution de
tous est une règle d' or, pour réaliser une oeuvre ou faire face à un
évènement social. Ainsi, en plus de l' investissement humain qui
mobilise le maximum des effectifs humains, les "kureel" (petits
groupes), sillonnent les villages et les villes pour collecter les
souscriptions; c' est ce qu 'ils appellent le " majjaal". Les sommes
recueillies ne sont amputées d' aucune charge et viennent en complément
aux efforts dejà consentis par le groupe. Elles seront vérsées ou à la
trésorerie ou directement au marabout qui gère la réalisation de l' œuvre.
C' est en dernier ressort, autour de ce chef religieux que
gravite toute la vie de la communauté. Formé à travers diverses écoles
traditionnelles ( daara), le marabout Baye Fall est souvent un fin
lettré doublé d' un homme d' action, peu enclin aux génuflexions
quotidiennes qui rythment la prière. Le chapelet toujours à la main, il
s'adonne cependant à longueur de journée à des oraisons dont il
détient seul les secrets.

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