Au
physique, Cheikh Ibra Fall était d’un teint très noir et avait une
abondante chevelure. Il avait un visage toujours serein, qui reflétait
une douce paix intérieure.
Dans ses
yeux illuminés par une douce lumière, se lisait la profonde
détermination d’un homme qui avait trouvé le sens de sa vie et qui
entendait opiniâtrement se consacrer à la réalisation des objectifs que
cela impliquait.
Sans
être extraordinaire, sa forte stature imposait le respect. Cheikh Ibra
Fall était en réalité un homme très soigné de sa personne. Ceux qui
l’ont connu ont attesté que si sa vêture n’était pas particulièrement
élégante, elle était du moins très propre. La vérité est que Cheikh Ibra
était tellement accaparé par son objectif de servir DIEU à travers
Cheikhoul Khadim que les questions liées aux beaux vêtements et à
l’apparence physique n’ont jamais été sa préoccupation.
Très
au fait des exigences et des préceptes de l’Islam, il était très
propre, de corps et d’esprit. Au travail, Cheikh Ibra était
impressionnant : tunique bariolée, ceinturon vissé à la taille,
dégoulinant de sueur et abattant opiniâtrement une tâche que d’aucun
croyait impossible. Cheikh Ibra avait une réputation d’extrême sobriété.
Il se contentait de très peu de nourriture et était très résistant à la
soif, sans préjudice aucun pour son extraordinaire efficacité au
travail, pour le service de Serigne Touba.
PORTRAIT MORAL
Quant
aux traits moraux de Cheikh Ibra, le survol de son périple à la
recherche d’un Maître, révèle une persévérance et une opiniâtreté sans
faille. Quand cette lumière intenable de la recherche d’un Maître
spirituel jaillit dans son cœur, Mame Cheikh, de contrée en contrée,
inlassable se rendait partout où il entendait parler d’un homme de DIEU.
Plein
de discernement, il savait dès le premier contact savoir que ceux qu’il
rencontrait n’étaient point celui qu’il recherchait. Le discernement,
notons le, est une qualité dont sont doués les sagaces. Homme de
conviction, il s’en est remis en tout à Khadimou Rassoul et plus rien
d’autre ne peut plus entrer en ligne de compte. Son attachement à son
Maître et sa volonté de le servir a vite tourné en ferveur
obsessionnelle, à un point tel, que certains en sont venus à considérer
qu’il ne jouissait pas de toutes ses facultés mentales.
Pour
Cheikh Ibra, on ne peut obtenir l’agrément de DIEU qu’en renonçant au
repos, aux biens terrestres, aux douceurs de la vie en famille, etc.
Seule la renonciation pour la face de DIEU et la constance dans son
service peuvent nous valoir le bonheur au jour de la rétribution, car le
monde et ses chimères ne sont que mirages. Ce faisant Cheikh Ibra est
un grand soufi. Les honneurs de ce bas monde, l’amour de la renommée,
les mondanités, n’avaient aucune prise sur lui.
Cheikh Ibra au travail n’avait point le temps pour les futilités ; la psalmodie de la formule sacrée " La illaha illalah
" (mention de l’unicité de DIEU) restait son compagnon lors des durs
labeurs, mais aussi lors de ses pauses. La fidélité de Cheikh Ibra
mérite d’être comptabilisée au nombre de ses vertus morales. En effet
durant tout l’exil du Cheikh, Cheikh Ibra n’a cessé d’être aux côtés de
sa famille. Le fruit de l’ensemble de ses récoltes et de ses tractations
commerciales allait à l’entretien de la famille. Il rendait le plus
souvent visite à Mame Thierno Birahim Mbacké à qui le Cheikh avait
confié la famille, et s’assurait toujours que les greniers n’étaient pas
vides.
Cheikh
Ibra était aussi un champion quand il fallait collecter des fonds pour
la réalisation des grands projet du Maître telle que la construction de
la Grande Mosquée de TOUBA. A lui seul, pendant la phase de collecte des
fonds, il a réuni plus de 800 000 F à cette époque. Pour lui les biens
de ce bas monde son futiles et périssables et ne doivent avoir d’autre
objet que la recherche de l’agrément de DIEU en les mettant au service
de son maître sous forme de dons pieux. Sa sincérité est comparable à
celle du véridique Aboubacar (l’Agrément de Dieu sur lui). En aucun
instant il n’a douté. Il n’a jamais douté que le Cheikh sortirait
victorieux de sa confrontation contre l’ennemi numéro 1 de l’islam,
Satan en l’occurrence. Il ne s’était jamais douté qu’il reviendrait de
l’exil malgré les rumeurs qu’on faisait circuler sur sa disparition.
C’est
Cheikh Ibra Fall qui a révélé aux hommes, la vraie dimension de
Khadimou Rassoul. Sans sa clairvoyance, personne n’aurait bénéficié de
ses immenses bienfaits. Voilà pourquoi il été appelé LAMP FALL, lui qui est cette lampe, ce phare, qui a éclairé la ruée des hommes vers leur Maître. De là lui vient également son sobriquet BABOUL MOURIDINA. En effet, n’a-t-il pas été la porte d’accès vers les bienfaits du fondateur de la Mouridiyyah ?
Tous
ceux qui l’ont connu sont unanimes à lui reconnaître une sobriété en
parole. C’est ainsi que chaque fois qu’il s’adressait à une assistance
ou à des individualités, c’est pour donner des leçons imbues de
sagesses.Des propos succincts mais dont la valeur pédagogique est unanimement reconnue.
Ainsi,
après la disparition du Maître, Cheikh Ibra Fall a expliqué aux membres
de la communauté que personne ne pouvait corrompre la pureté du legs de
Serigne Touba. Il a plutôt mis en garde les talibés contre les dérives
qui risqueraient plutôt de les exclure de fait de ce cercle béni. Pour
se faire comprendre, il utilisait une image qu’on peut ainsi ramasser :
"Le temps viendra où les gens évolueront de façon totalement marginale par rapport à la doctrine de Cheikh Ahmadou Bamba en se prévalant cependant de l’aval et de la force de sa communauté. Mais qu’ils prennent garde car, telle une poule, le mouridisme s’ébrouera souvent. Alors il en tombera lamentablement tous les corps qui lui sont étrangers. Et malheur à ceux-là."
"Le temps viendra où les gens évolueront de façon totalement marginale par rapport à la doctrine de Cheikh Ahmadou Bamba en se prévalant cependant de l’aval et de la force de sa communauté. Mais qu’ils prennent garde car, telle une poule, le mouridisme s’ébrouera souvent. Alors il en tombera lamentablement tous les corps qui lui sont étrangers. Et malheur à ceux-là."
Des directives de Serigne Touba,
disait-il, il n’en restait que deux, incompressibles et sacrées, de
sorte que le mouride doit tout sacrifier pour s’y conformer. Il s’agit
du Grand Magal et de la Grande Mosquée.
" S’agissant de ces deux sortes de ndigël mobilisez-vous sans réserve. Faites ce que vous pouvez et tentez l’impossible ! "
Mais, à propos de toute autre chose,
il invitait les membres de la communauté à une analyse logique des
choses pour discerner ce qu’on doit en accomplir sans trahir sa foi.
Entièrement
pris par le service de Serigne Touba et accaparé par le démentiel
rythme de travail qu’il s’était imposé, Cheikh Ibra Fall en arriva
bientôt à donner à son entourage l’impression qu’il n’avait plus de
temps à consacrer à rien d’autres. Evidemment, pour expliquer un tel
comportement, certains commentaires ne tardèrent pas à mettre en doute
la maîtrise des sciences religieuses et la connaissance du Coran dont on
le créditait. La cinglante réponse qu’il apporta à la superbe de ces "
savants " qui dénigraient ses pratiques, fut la composition de Jazbul
Mouride, un riche traité de Taçawwûf ou d’élévation spirituelle et
morale.

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